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Tout semble prioritaire. Les demandes tombent sans fin. Les consignes changent. Et les équipes s’adaptent tant bien que mal. Ce flou permanent n’est pas un simple désordre. C’est une source d’usure mentale majeure.
Dans nombre d’entreprises, le manque de clarté est devenu une norme implicite. On navigue à vue, on compense, on « fait au mieux ». Mais à quel prix ?
Le vrai problème n’est pas le manque d’implication. C’est l’absence de repères solides.
Déconnecter, c’est préparer la reprise, pas s’en éloigner.
Lorsque les rôles sont flous, les décisions repoussées, les priorités mouvantes, le cerveau s’active en boucle. Il trie, il anticipe, il interprète. En permanence. C’est ce qu’on appelle la charge mentale organisationnelle.
Ce mode de fonctionnement pèse. Il fatigue. Il épuise. Et il nourrit une forme d’anxiété de fond, rarement exprimée mais bien réelle. C’est la fatigue décisionnelle, ce moment où même choisir entre deux tâches simples devient un effort.
"L’incertitude permanente n’a rien d’un défi stimulant. C’est une fatigue lente qui use sans bruit."
La charge mentale liée au flou n’est pas invisible. Elle a ses marqueurs, bien concrets :
• La rumination mentale : le travail continue dans la tête, même hors horaires
• L’irritabilité : moins de patience, plus de tensions
• La procrastination stratégique : éviter les décisions pour préserver son énergie
• La fatigue de choisir : chaque décision devient un poids
• L’impression d’inachevé : rien n’est jamais vraiment « fini »
• L’incapacité à décrocher : le mental reste connecté au bureau
Ces signaux ne relèvent pas d’un manque de motivation. Ils signalent un cadre de travail désorganisé.
Le flou organisationnel, s’il n’est pas traité, laisse des traces :
• Des erreurs et du re-travail liés à des critères mal définis
• Des malentendus et tensions entre collègues
• Une perte progressive d’engagement et de sens
• Un absentéisme croissant, voire un turnover insidieux
Clarifier, ce n’est pas fliquer. C’est permettre à chacun de se situer, de se concentrer, de s’impliquer avec sécurité.
Voici un rituel express pour remettre un peu d’air dans le cerveau et du cadre dans l’agenda :
1. Formuler le critère de réussite : "C’est réussi quand…" évite bien des allers-retours.
2. Clarifier les rôles : qui décide, qui exécute, qui valide ?
3. Identifier ce qu’on peut mettre en pause : un geste simple pour libérer de l’espace mental.
En matière de charge mentale, le manager est un régulateur de pression. Il n’a pas toutes les réponses, mais il peut poser le cadre, souvent avec une simple question : "Ce qui compte cette semaine", "Ce qui peut attendre".
Ce petit cadrage hebdomadaire, c’est un filet de sécurité mental pour toute l’équipe. Il protège du surmenage, recentre les efforts, crée de la confiance.
Être clair, c’est donner des repères. Pas imposer des contraintes